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LE XVII ème SIECLE ET LA CONSTRUCTION DE L EGLISE

MARQUIXANES
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Le XVII ème SIECLE un véritable chantier permanent.

LE XVIIème siècle, MARQUIXANES un véritable chantier permanent.

Le siècle du traité des Pyrénées – 1659 – est un siècle passionnant à plus d’un titre, pour ce village comme pour d’autres en Conflent, les évènements nombreux, politiques, économiques , religieux et sociaux se succèdent et s’articulent entre eux avec un rythme important. Beaucoup d’ouvrages d’historiens sont disponibles sur cette période du 17ème siècle et nous essaierons de décrire pour Marquixanes les corrélations ou les questions entre l’histoire de cette période et les traces architecturales encore visibles au XXIème siècle.

Le patrimoine bâti du XVIIème siècle dont la datation est gravée sur de nombreux frontons révèle un siècle de grands bâtisseurs: le clocher construit vers 1611, l’église débutée vers 1646,

XVII ème SIECLE

le pavé de maisons entre la rue Notre Dame et la rue du centre bâti en première moitié du XVIIème siècle, la décoration intérieure de l’église commencée vers 1680, la rue des cardeurs en 1660 nous lèguent le témoignage d’un immense chantier durant ce siècle d’expansion du village.

Des phases de constructions massives correspondent le plus souvent, à des périodes de stabilité économiques ou politiques voire de développements. Or il n’en est rien.

Les successeurs de Charles Quint (1516) héritent au XVIème siècle d’une administration de plus en plus envahissante et développent même une administration centralisatrice. Les rapports entre Madrid et la Catalogne qui s’accroche à ses anciens privilèges sont souvent tendus avec cette administration autoritaire : des corts rarement convoqués où se retrouve la bourgeoisie catalane et de nombreux conflits au niveau municipal. . La mainmise castillane et la volonté déclarée de mettre au pas toutes les provinces par le Comte –Duc Olivares (le pendant de Richelieu pour Louis XIII ) débouche après un siècle au soulèvement de la catalogne sous Philippe IV en 1640 : la révolte des Segadors (moissonneurs) marchant sur Barcelone vers le palais du vice-roi.

De 1626 à 1642, une période de grande agitation ; l’Espagne est engagée sur de multiples fronts contre Louis XIII et Richelieu : aux pays bas, au nord de la France, dans l’Empire, en Italie et au Portugal. Ces actions armées coûtent très chères et ce sont des impôts nouveaux et importants levés sur la Catalogne en 1626 pour financer ces dépenses de guerre. C’est aussi la présence de troupes en Roussillon de maintien de l’ordre non seulement castillanes mais wallonnes, napolitaines et irlandaises se livrant à de multiples exactions sur les populations civiles, le Comte Olivarès n’aimait pas les catalans et laissait séjourner en Roussillon ses armées. Jean Tosti dans une revue « Ille et d’ailleurs » n°15 en relevant quelques difficultés dans les relations entre Marquixanes et l’abbé de Saint Martin du Canigou relate un fait divers de 1637 lié à l’occupation de Marquixanes par les troupes du royaume d’Espagne. L’exécution d’un ordre, transmis par l’Abbé au battle de passer en revue les hommes et les armes du village entraine une opposition ferme de l’armée. « Mais don Hyacinthe Salgado, capitaine d’infanterie campé avec ses troupes à Marquixanes, s’émeut d’un tel déploiement de force et demande sa dispersion immédiate »

Cette période d’effervescence explique peut être le temps perdu entre 1623 et 1646. A Marquixanes après un début de construction du clocher en 1611, un impôt est levé exceptionnellement en 1623 pour financer la suite des travaux. D’autre part le 18 février 1646, soit après une période de 23 ans, est conclu à Marquixanes entre le curé de la paroisse, le bailli et un des consuls, et les trois administrateurs députés à cet effet, d’une part, et Jérome Jassat, entrepreneur de Prada, Jacques Albi et Blaise Albi, entrepreneurs d’Espira de Conflent, d’autre part, le marché pour la construction de la nouvelle église. La date de 1646, au dessus de la porte de la sacristie semble indiquer un début rapide des travaux.

XVII ème SIECLE

rue Notre Dame

De cette époque du soulèvement à l’appel au roi de France Louis XIII (le 7/9/1640 la Catalogne choisit louis XIII comme compte de Barcelone), cette même année 1640 pour combattre l’armée castillane, s’ensuit une période d’enthousiasme, plus propice à la construction, après la capitulation de Perpignan en 1642 dernière ville occupée. Mais pas la stabilité….

Une crise industrielle et commerciale sévit lors de cette première moitié du XVIIème siècle ajoutant ainsi une interrogation supplémentaire quant aux richesses disponibles localement pour financer cette expansion.Barcelone perd son rôle majeur en méditerranée au profit des italiens et ne peut compenser cette perte par un commerce avec les colonies à travers l’Atlantique, monopole castillan. Le déclin du grand commerce à l’exportation, de l’armement et de la finance enfoncent la Catalogne dans une crise qui touche beaucoup plus les cités côtières et industrielles. La concurrence étrangère s’avive également, notamment française, entrainantune grave crise dans le textile où l’on voit par exemple à Perpignan passer le nombre de métiers à tisser de 300 à 30 en une quinzaine d’années. Les artisans les plus entreprenants vont profiter de cette crise pour saisir cette opportunité et ainsi transformer profondément la production de textiles à partir de la main d’œuvre des campagnes afin de produire à meilleur compte, au détriment de celle des villes. L’inflation du prix des denrées alimentaires et la réforme monétaire amplifient la crise et les effets de cette remise en cause.

Dans ce contexte, les campagnes catalanes et certainement notre village de Marquixanes attirent de plus en plus de main d’œuvre étrangère, française en particulier, pour représenter entre 10 et 15 % de la population. La paysannerie catalane devient très prospère et la hausse continue des prix lui assure des revenus confortables.
L’arrivée de personnes étrangères et l’amélioration des revenus expliquent certainement la construction complète de nouveaux quartiers de 1610 à 1660.
Sans oublier la peste de 1629-1631 dont on pourra vérifier si pendant cette période ce mouvement d’expansion a été freiné.

 

L’activité artistique est quant à elle moins flamboyante au XVIIème siècle mais c’est l’architecture religieuse qui nous livre les plus grands chantiers. La construction de la nouvelle église et de son clocher, ensemble visible aujourd’hui, a occupé la première moitié du 17ème siècle. La décoration intérieure si elle a existé n’est plus visible aujourd’hui et a été progressivement masquée par la construction de magnifiques retables dès 1675, le dernier quart du 17ème siècle par les sculpteurs François Nègre, Patrice Nègre et Joseph Sunyer. ( le retable du Rosaire daté de 1630-1640, antérieur à la construction de la nouvelle église provient soit d’une récupération de l’église primitive soit d’un autre édifice)

XVII ème SIECLE

Bibliographie : Plan objet 66 réalisé par le Conseil Général en 2006
Histoire Populaire des Catalans par Jean Villanove Tome II
Histoire des Catalans par Michel Bouille et Claude Colomer
Jean Tosti revue « Ille et d’ailleurs » n°15
Louis XIII Pierre Chevallier

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